C’est durant neuf semaines, et ce, jusqu’à la fin du mois d’avril, que se tiendra dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve un projet pilote ambitieux destiné aux jeunes. L’enjeu? Déboulonner les fausses nouvelles qui se propagent comme une traînée de poudre sur Internet et les médias sociaux tels que Facebook et Instagram.

Née d’une collaboration entre l’arrondissement et l’agence Science Presse, la médiation culturelle sur les fake news se tiendra durant le semestre hivernal en milieu scolaire à l’école secondaire Chomedey-De-Maisonneuve. « En réalité, c’est la deuxième étape d’un projet qui a été mis en place il y a environ un an entre l’agence Science Presse et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Ensemble, ils ont mis sur pied une formation qui s’appelle « 30 secondes avant d’y croire » », souligne Gabrielle Brassard-Lecours, coordinatrice du projet. Développée par Eve Beaudin de l’agence Science Presse et Jeff Yates, journaliste à Radio-Canada, la formation a eu un succès incroyable qui n’a pas pu suffire à la demande. Offerte bénévolement par des pigistes et journalistes, celle-ci avait pour but de donner aux jeunes et aux moins jeunes les clés pour développer un sens critique envers les médias d’aujourd’hui. Et c’est en poursuivant cette idée que l’activité se tiendra dans l’école Chomedey-De-Maisonneuve.

Eve Beaudin, journaliste attitrée à la rubrique du Détecteur de rumeurs.
Crédits : Réseau Technoscience – Jacinthe-Lory Bazinet

À la recherche de l’information juste et partiale

Car si l’information juste et partiale prévaut depuis de nombreuses années dans les principes journalistiques, la pratique vit aujourd’hui une mutation, voire une crise de confiance. Gabrielle Brassard-Lecours, journaliste de métier depuis une dizaine d’années et cofondatrice du média numérique Ricochet, en a bien conscience. Même si la désinformation existe depuis longtemps et sous diverses formes, la donne a tout de même changé.

« Les médias sociaux ont exacerbé ça. Les « fake news » n’aident pas l’activité journalistique, et je sens qu’il y a une crise de confiance envers les médias et les journalistes. En même temps, je peux comprendre. Il y a des médias et des journalistes qui ont propagé des « fake news » à un moment donné, d’où l’importance de redonner des lettres de noblesse au journalisme en expliquant aux jeunes, et aux gens en général, quel est notre travail ». L’éducation : voilà comment résumer en un mot la façon par laquelle la crise journalistique pourrait être résolue. Et c’est en rendant l’expérience ludique que les jeunes pourront s’intéresser au sujet.

Huit séances en classe pour déboulonner la désinformation

Se tenant sur huit séances dans deux classes de l’école secondaire Chomedey-De-Maisonneuve, le programme s’avère être une réelle opportunité pour les jeunes du secondaire de mieux comprendre les rouages de la désinformation. « Je leur dis toujours de regarder la source qui est en arrière de cela, et si elle est liée à un site de nouvelles crédibles », précise la journaliste au téléphone. En effet, nombreux sont les jeunes et moins jeunes qui se lancent dans la lecture d’une nouvelle sans prendre le temps et le recul pour bien comprendre l’origine de cette dernière. Et à l’heure actuelle, il est difficile pour certains de ne pas tomber dans le panneau de la publicité masquée des influenceurs d’Instagram ou les théories scientifiques fumeuses.

Pour cette raison, le programme, déployé en collaboration avec Science Presse, sera construit avec l’aide de deux professeurs, l’un de français et l’autre de sciences, mais aussi avec Pascal Lapointe, rédacteur en chef de l’agence Science Presse. Ensemble, ils développeront, pour une trentaine de jeunes, diverses séances, dont l’une s’avère plutôt stimulante, comme le décrit Gabrielle Brassard-Lecours. « Le premier atelier part de la formation qui existe déjà, « 30 secondes avant d’y croire », et les autres donnent de la matière aux jeunes pour que ce soit interactif. Pour garder l’aspect scientifique dans le développement du contenu, il y a, par exemple, un atelier où l’on fait venir un faux expert de la terre plate [NDLR Pascal Lapointe], puisque l’on sait que c’est un mouvement qui existe réellement et que des gens y croient. L’idée c’est que cet expert vienne parler aux jeunes et que ceux-ci essayent de le « challenger » un peu dans son argumentaire. »

Éduquer pour mieux comprendre

Développer le sens critique est le but ultime de ces séances qui se tiendront jusqu’au mois de mars à l’école Chomedey-de-Maisonneuve. Et pour rendre cette expérience complète, qui allie l’éducation à la pratique, les jeunes du secondaire seront invités à prendre eux-mêmes une fausse nouvelle et à la déboulonner pour en faire un balado (podcast), un petit film ou un écrit, et ce, avant une présentation sur scène devant les parents et les amis à la maison de la culture Maisonneuve.

Voilà un projet pilote qui pourrait peut-être se développer à travers les écoles québécoises? C’est le souhait de Gabrielle Brassard-Lecours, qui veut instaurer dans la province un programme d’éducation aux médias dès le primaire. « Les enfants d’aujourd’hui sont plus exposés aux technologies et aux médias sociaux. Je pense qu’ils deviendront des citoyens plus éclairés s’ils sont capables de développer un esprit critique par rapport aux médias. Les aider à faire le tri là-dedans, c’est une bonne chose. »