Crédits photo : Manchette de La Patrie au lendemain du référendum sur la distribution du vin et de la bière; source: La Patrie 11 avril 1919, Collection numérique, BAnQ.

Ce mois-ci, André Cousineau, notre collaborateur de l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, nous parle du processus qui va mener à la création des tavernes et à la distribution de l’alcool par l’État.

Le 10 avril 1919, les habitants des circonscriptions d’Hochelaga et de Maisonneuve votent massivement pour autoriser la vente de bière et de vin au Québec. Deux ans plus tard, on voit apparaître dans le paysage urbain les premières succursales de la Commission des liqueurs et les premières tavernes.
Au début du 20e siècle, c’est le gouvernement provincial qui détermine le nombre de permis pour chaque ville et chaque hôtelier ou restaurateur doit faire sa demande au conseil municipal pour obtenir ledit permis.
Pour Mercier, les hôtels sont situés dans l’ancien village de Beaurivage. On en trouve quatre à proximité de l’ancienne église. En avril 1906, le conseil municipal refuse de renouveler les permis, mais les hôteliers les récupéreront finalement quelques mois plus tard.
Nouveau refus en mars 1910, sauf que les hôteliers ne pourront les récupérer qu’après l’annexion du 4 juin de la même année. Dans le reste de Longue-Pointe, seuls deux hôtels détiennent des permis : l’Hôtel Donegana (plus tard le Clifford House), rue Notre-Dame face à Beaugrand et le Château Dupéré, angle Notre-Dame et Desmarteau. Pour Maisonneuve, le gouvernement réduira le nombre de permis de 18 à 15 en 1916, mais le conseil refuse de s’y conformer avant l’annexion de 1918.

Devant l’ampleur du mouvement de prohibition, le gouvernement Gouin décide en 1918 d’imposer la prohibition pour tout le Québec à partir de mai 1919. Cependant, devant les protestations des brasseurs et distillateurs, Lomer Gouin convient d’un référendum pour autoriser la vente du vin et de la bière devant se tenir le 10 avril 1919. Les électeurs d’Hochelaga votent à 95 % en faveur du oui et ceux de Maisonneuve à 91 %. Ce sera au gouvernement Taschereau de décider de la marche à suivre. La nouvelle Loi de la Commission des liqueurs (CDL) entre en vigueur le 1er mai 1921. La distribution du vin et des alcools devient la responsabilité de l’État qui va mettre sur pied un réseau de succursales et la CDL devient la seule entité autorisée à émettre les permis.
Très rapidement, la succursale numéro 18 de la CDL ouvre ses portes dans Hochelaga : au 3539, rue Ontario, entre Aylwin et Joliette. L’année suivante, c’est la succursale 54, au 3273, rue Sainte-Catherine, près de la gare Moreau. Dans Mercier, une seule succursale, à l’extrémité ouest, au 3075, rue Notre-Dame, face à la Canadian Vickers. Il faudra attendre en 1953 pour l’ouverture d’une autre succursale dans Mercier au 9621, rue Notre-Dame et en 1960 au Centre d’achats Domaine, rue Sherbrooke.

La nouvelle loi sur les alcools de 1921 va provoquer l’apparition d’une institution québécoise typiquement dédiée à la vente de bière à consommer sur place : la taverne. Des hôtels et des restaurants seront transformés en tavernes aussitôt la mise en vigueur de la loi. C’est ainsi que Damien Aumont transforme son hôtel en la Taverne Aumont (aujourd’hui la Taverne Ontario au 4021, rue Ontario, angle Jeanne-d’Arc). Ferdinand St-Vincent fait de même au 3363, rue Ontario (aujourd’hui le Bar St-Vincent). L. Dubois change son restaurant en taverne au 4021 Sainte-Catherine, angle Desjardins. Le premier établissement dans Mercier n’ouvrira qu’en 1962 : la Taverne Rancho au 8477, rue Notre-Dame, angle Mercier.