Vrai, mais faux. C’est en ces termes que Lawrence Côté-Collins décrit son premier long métrage, Écartée, un faux documentaire sur la réinsertion sociale d’un ex-détenu mordu de casse-tête en 3D prénommé Scott qui vit sur le bord d’une autoroute avec sa jeune compagne Jessie. Pendant près de 90 minutes, le spectateur est invité à découvrir le quotidien du couple à travers les plans de caméras parfois intimes, parfois voyeurs, de la documentariste Anick. Une relation profonde se développera d’ailleurs entre elle et l’un de ses sujets.

 

« Quand je travaille sur un film, je lui associe toujours une odeur. Ce film-là sentait le sent-bon cheap, le gaz de char et la friture », confie la réalisatrice. Comme il s’agissait de personnages de région, isolés des centres urbains, les figures qu’elle imaginait lors de l’écriture de son script avaient ces odeurs-là.

Ces arômes sont perceptibles par la codirection artistique impeccable de Lawrence Côté-Collins et de Sylvie Desmarais. Pour donner vie à la maison isolée sur le bord d’une autoroute dans le coin de Rouyn-Noranda, les deux amies y ont vécu pendant un mois. « Sylvie utilisait les affaires de Scott et moi celles de Jessie », explique la réalisatrice qui a loué la maison pendant huit mois au total. Tous les meubles, tapisseries rétro et objets farfelus ont été loués au Centre Bernard-Hamel, un magasin équivalent à un Village des Valeurs. « Je voulais que la maison m’écœure. Les couleurs des murs, les tapisseries, les meubles, plus c’était laid, plus je savais que c’était réussi », souligne-t-elle.

Le décor manquerait cependant de vie sans les interprétations « criantes de vérité, mais enrobées de bullshit », semi-dirigées, semi-improvisées, de Whitney Lafleur (Jessie), Marjolaine Beauchamp (Anick) et Ronald Cyr (Scott). Inspirée du cinéma direct, Côté-Collins laissait beaucoup de place à la création de dialogues par les comédiens et son équipe, ainsi qu’à l’improvisation. « Les scènes avec Ronald, par exemple, étaient toujours surprenantes, car je lui posais des questions et ses réponses étaient 90 % vraies », indique la réalisatrice. Ex-détenu, toxicomane et alcoolique abstinent depuis une quinzaine d’années, Ronald confie des histoires surprenantes sur son ancienne vie. « [Sur cette photo-là, j’étais] là pour des vols de VHS », peut-on l’entendre dire au début du film.

Chaque personnage a des qualités, des défauts ou des rêves communs à ceux de Lawrence Côté-Collins. Ainsi, le rôle de Jessie représente sa haine pour les collections d’objets à l’effigie de dauphins; celui de Scott, son rêve d’aller à Dubaï, et celui d’Anick, son côté environnementaliste chialeuse. « Moi aussi j’en ai des collections, je ris pas de ces gens-là et je ne porte aucun jugement, car j’ai les mêmes caractéristiques qu’eux », précise-t-elle.

Selon la réalisatrice, les gens devraient voir ce film, car il sort du lot. « Quand j’avais 12 ans, l’ami de mon père et moi avons vu une tapisserie de fleurs avec une grosse tache dessus. Il m’avait alors demandé: « Toi Lawrence dans la vie, veux-tu être une fleur pareille comme les autres ou la grosse tache qu’il y a là? ». Je lui ai répondu: « La grosse tache ». Ce à quoi il a répliqué:  » Ben fais les choses différemment d’abord » », raconte la jeune réalisatrice.

Pour voir la grosse tache créée par Lawrence Côté-Collins, rendez-vous au Ciné-club de la Caserne 45 le 13 février prochain.