Le 375e anniversaire de Montréal bat son plein ! À l’occasion de cette année de célébrations, Culture MHM se penche à chaque mois sur l’un des projets culturels qui auront lieu dans notre arrondissement, afin d’en connaître davantage sur ces initiatives et les gens qui les ont mises sur pied.

Après La Symphonie d’Hochelaga et Vue de ruelle, au tour de Conscience Urbaine (CU) ce mois-ci, un organisme culturel dont la mission est de mettre en place des projets de création et de mobilisation citoyenne en lien avec l’aménagement urbain pour développer des villes plus sécuritaires, inclusives et conviviales.

Fanie St-Michel, la directrice générale et artistique de Conscience urbaine, nous donne plus de détails au sujet de leur projet.

En quelques mots, comment décririez-vous votre projet ?

Les festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal sont l’occasion de faire revivre des espaces inoccupés de notre ville qui, pour diverses raisons, ne peuvent faire l’objet d’une réhabilitation permanente. Par le biais d’interventions artistiques temporaires, Conscience urbaine [CU] souhaite encourager les citoyens et les citoyennes à se réapproprier ces endroits mal-aimés tout au long de l’année 2017.

Agissant à titre de diffuseur du programme, CU propose d’inviter chaque saison, de mai à décembre 2017, un artiste ou collectif artistique à investir un terrain vacant de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, pour un total de quatre résidences artistiques sur les terrains ciblés pour l’année 2017. Chaque artiste ou collectif sélectionné aura pour mandat d’animer pendant deux mois le terrain vacant. Le type d’occupation de l’espace peut prendre des formes variées, en fonction de la discipline de l’artiste. Les interventions artistiques tiendront compte des caractéristiques spécifiques du terrain et seront adaptées aux contraintes saisonnières. Une alliance entre CU, ses partenaires locaux, et des artistes est proposée afin d’amener les citoyens à vivre une expérience unique de l’art contemporain. Offrant un contexte idéal pour la collaboration, Espace libre pour la culture (ELC) est l’occasion de créer des ponts entre citoyens, artistes, et acteurs du milieu communautaire.

À qui s’adresse ce projet ?  (tranche d’âge, sexe, intérêts, etc.)

À toutes personnes qui s’intéressent à l’art et au processus de création des artistes dans l’espace public. L’idée étant d’encourager les échanges entre la population et les artistes. Nous cherchons à attirer un public le plus large possible. De plus, les espaces que nous ciblons sont souvent inhabités et confèrent un sentiment d’insécurité, et en les occupant et en les animant par les artistes, nous cherchons à renverser la situation et faire en sorte que les gens apprivoisent et s’approprient ceux-ci.

 Qu’est-ce qui vous a inspiré cette idée de projet ?

En 2014, Conscience urbaine (CU) participe à la consultation publique intitulée « Une culture signée Le Plateau », organisée par l’arrondissement Plateau-Mont-Royal. Réunissant les acteurs du milieu culturel montréalais, cette initiative permet de mettre en lumière le besoin de créer de nouveaux lieux de production et de diffusion hors les murs pour rejoindre des publics diversifiés et impliquer les artistes dans les communautés.

Parallèlement, CU travaille depuis ses débuts sur la question de l’aménagement urbain sécuritaire. Ses projets antérieurs ont révélé que les terrains vacants provoquent chez plusieurs personnes des sentiments de malaise ou d’insécurité. Actuellement, plus de 300 terrains vacants sont répertoriés sur l’île de Montréal. Ces espaces en transition sont souvent perçus comme des lieux abandonnés, délaissés et peu sécuritaires.

Partant de ces constats, CU développe le programme Espace libre pour la culture (ELC), une initiative de diffusion culturelle qui consiste à occuper temporairement des terrains vacants pour les transformer en laboratoires de création. L’objectif est de créer des lieux d’expérimentation, de résidence et de diffusion artistiques pour le milieu culturel, permettant aux artistes de sortir des circuits habituels de diffusion. Cette initiative vise également à bonifier l’offre culturelle gratuite pour le public ainsi qu’à embellir, sécuriser, et renforcer le bon usage de terrains inutilisés ou en transition. Ce faisant, le programme ELC intervient sur deux problématiques montréalaises conjointes; la présence de nombreux terrains vacants, et le manque d’espaces de diffusion extérieurs pour le milieu culturel. En animant ces espaces, ELC contribue à la production d’une ville inclusive et sécuritaire, tout en répondant aux besoins du milieu culturel tel qu’établir des liens avec le public et accéder à des lieux de diffusion diversifiés à l’extérieur des circuits conventionnels.

Le programme ELC constitue une réponse créative aux problèmes d’espaces sous-valorisés en contribuant à augmenter l’achalandage, l’animation et l’entretien des lieux, permettant de modifier favorablement les perceptions des citoyens. Vecteur de changement social, ELC intervient sur des enjeux d’aménagement avec une approche inspirée du courant de l’urbanisme tactique. Par le biais du programme, les propos esthétiques et symboliques de l’art sont utilisés afin de mobiliser les citoyennes et citoyens autour d’enjeux urbains. ELC est également une occasion de créer, de découvrir et de s’émerveiller devant le foisonnement d’idées qui animent la relève artistique montréalaise. Ce programme artistique est un laboratoire où il est possible de tester de nouvelles créations devant un public à l’affût et prêt à se laisser surprendre. Les œuvres sélectionnées témoignent de cette volonté d’exprimer notre vision du monde. C’est une occasion unique pour s’initier aux courants actuels en arts visuels, danse, théâtre, musique et arts multidisciplinaires.

ElC_375 sera la troisième édition d’Espace libre pour la culture; jusqu’à ce jour six projets ont eu lieu dans trois arrondissements. Cette année constitue une première pour  ELC, en proposant une occupation à l’année longue qui prend en considération les caractéristiques saisonnières, notamment en proposant une résidence artistique en hiver, un défi important et excitant à la fois…

En quoi ce projet s’inscrit-il dans l’identité du quartier ?

Conscience urbaine propose d’intégrer les thèmes de l’identité et de l’histoire du quartier dans l’appel à propositions diffusé auprès de la communauté artistique. Intitulé « Raconte-moi Hochelaga », l’appel à propositions invitera les artistes à mettre en valeur le caractère distinctif d’Hochelaga-Maisonneuve en s’inspirant de son cadre bâti, de son passé, du développement de son territoire, ou de son identité actuelle. L’objectif de cette approche est de fournir des balises créatives aux artistes, afin de les inciter à formuler des interprétations originales du thème du 375e anniversaire de la métropole, sans toutefois restreindre la forme des éventuelles propositions. Les aspects festifs et commémoratifs des projets retenus pourraient se déployer de différentes façons, à travers les choix des artistes participants. Cette initiative assure l’ancrage des projets artistiques retenus dans l’arrondissement et permet de célébrer ses particularités culturelles et patrimoniales. Avec les partenaires locaux, Conscience urbaine proposera des marches historiques aux artistes en résidence. Ces marches offriront un survol historique du quartier, l’évolution de l’aménagement, de l’appropriation des espaces publics par la population. Elles visent à outiller les artistes afin de proposer un projet qui s’inscrit dans l’identité du quartier.

Comment votre projet prendra-t-il possession du lieu où il se déroulera ?

Les artistes de chacune des résidences devront prendre possession de l’espace en l’explorant, en s’y inspirant et en créant une œuvre in situ. De plus, ceux-ci doivent assurer une présence minimale de vingt heures par semaine afin d’assurer une réelle immersion et insertion de l’œuvre qu’ils réaliseront. Par cette immersion, nous souhaitons qu’il y ait une médiation, soit une interaction avec le milieu, les résidents, les acteurs locaux afin de créer des ponts dans le quartier

 Le projet crée-t-il un pont entre le passé et le présent ?

Les propositions des artistes devront comprendre une interprétation du passé qui s’ancrera dans le présent par le fait que l’œuvre réalisée sera présentée dans le contexte actuel.

Que souhaitez-vous susciter chez les spectateurs ?

On souhaite faire découvrir le quartier sous un autre regard, soit celui des artistes. De plus, nous souhaitons faire participer les gens afin de leur faire vivre une réelle expérience sensorielle qui dépasse le témoignage de l’œuvre. L’aspect interactif est très important.