crédit photo : Les Nouvelles de l’Est

Ce mois-ci, André Cousineau, notre collaborateur de l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, aborde un développement domiciliaire d’envergure de l’arrondissement qui s’est concrétisé dans les années 1950.

Le Village Champlain est un bel exemple de projet domiciliaire intégré situé, non pas dans une banlieue, mais dans un quartier de Montréal, anciennement le village de Longue-Pointe.

Lancé officiellement le 2 octobre 1949, le Village Champlain est un projet de 400 bungalows entre les rues Hochelaga, Sherbrooke, Liébert et Lepailleur. Il est l’œuvre du promoteur S.D. Miller & Sons, constructeur du Centre commercial Champlain, et également promoteur de plusieurs développements domiciliaires de la future Ville d’Anjou.

Le Village est à ce moment le plus grand projet domiciliaire au Canada et l’un des premiers du genre sur l’île de Montréal. Les promoteurs se sont inspirés du modèle de la banlieue américaine avec toutes les installations nécessaires à proximité. Dans le plan directeur de 1949, on retrouve déjà l’espace nécessaire pour l’aménagement d’un parc. Cet espace devient le parc Liébert dès 1950. Pour créer un sentiment de sécurité, les rues intérieures ne débouchent pas sur Sherbrooke. Les promoteurs prennent en charge le coût de toutes les infrastructures. Celles-ci seront cédées sans compensation à la Ville de Montréal en 1955. On crée la paroisse de Sainte-Louise-de-Marillac en 1951 et on ouvre l’école du même nom en 1955.

Un centre commercial digne de la banlieue américaine

Pour compléter l’offre de services, on inaugure en grande pompe le Centre commercial Champlain en septembre 1953. Ce centre commercial de quartier contient plusieurs centaines de places de stationnement et deux magasins phares à chacune des extrémités : un supermarché Steinberg d’un côté et un magasin à rayons Woolworth de l’autre. En décembre 1953, pour augmenter la clientèle du temps des Fêtes, non seulement de Mercier, mais de tout l’Est, on organise deux navettes gratuites, l’une en partance du terminus George-V à Montréal et l’autre, de la rue de Boucherville à l’angle de Notre-Dame.

Le Village Champlain est facilement accessible par les autobus circulant rue Sherbrooke et rue Hochelaga. Il le sera encore plus avec l’inauguration de la station de métro Honoré-Beaugrand en 1976.

Un 30 $ bien investi

Ce projet s’adressait à une clientèle modeste : les premières maisons se vendent autour de 6 300 $ terrain compris (voir le 2861, rue Honoré-Beaugrand). Il s’agit de bungalows étroits avec entrée de plain-pied et recouverts de planches à gorge (clap board). D’ailleurs, dans une publicité de La Presse datant de la fin août 1949, les promoteurs veulent attirer cette clientèle en affirmant que pour 30 $ par mois et un petit montant, on peut devenir propriétaire de maisons de cette première phase. Le prix moyen de la seconde phase grimpe à 8 500 $ – 11 000 $ (voir un exemple au 7855, rue Roux). Précisons que le prix des maisons est toujours inférieur à celui d’autres développements de l’époque. Les maisons de la troisième et dernière phase se situent dans l’annexe du Village au nord de Sherbrooke. Les nouveaux propriétaires pourront bénéficier de prêts de la Société centrale d’hypothèques et de logement.

Si vous passez dans le coin, prenez le temps de vous arrêter devant le 2760, rue Honoré-Beaugrand. C’est la maison la plus publicisée du projet puisqu’elle avait été tirée au sort peu après l’ouverture du centre commercial à la fin 1953.

William Gaudry, un membre de l’Atelier d’histoire, donnera une conférence sur le sujet à la bibliothèque Langelier, située au 6473, rue Sherbrooke Est, le dimanche le 8 avril à 14 h. Pour connaître les détails de l’activité, c’est par ici.