Après l’entretien du mois dernier avec Richard Gougeon, notre collaboration avec l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve se poursuit avec un retour sur les transformations dans Mercier depuis 1945. La fascinante odyssée de ce quartier nous est ici racontée par M. André Cousineau, qui donnera incidemment une conférence-diaporama sur ce sujet le dimanche 19 février, 14 h, à la bibliothèque Langelier. Attachez votre ceinture, la machine à remonter le temps nous ramène 7 décennies en arrière !

Mai 1945, la Seconde Guerre mondiale se termine. À cette époque, le quartier Mercier, bien qu’il possède une zone industrielle dans sa partie ouest, possède l’allure d’un village de taille moyenne mal intégré à la trame urbaine : pas de centres commerciaux, pas de succursales de la Commission des liqueurs, pas de tavernes, pas de cinémas, peu de commerces spécialisés, pas de développements domiciliaires importants. La rue Sherbrooke n’est pas encore bâtie en continu, il y a peu de résidences construites au nord de cette rue, l’essentiel de la population étant établie autour de la rue Notre-Dame.

La situation va rapidement changer : durant la Seconde Guerre, le gouvernement avait fait construire des maisons du programme Wartime Houses, remplacé en 1946 par la Société centrale d’hypothèques et de logement. Le principal développement résidentiel est celui du Village Champlain, lancé en octobre 1949, autour des rues Beaugrand et Liébert. Les mêmes promoteurs, S.D. Miller & Sons, font construire le Centre d’achats Champlain sur Sherbrooke, à l’angle d’Honoré-Beaugrand. Une nouvelle paroisse est créée; Sainte-Louise-de-Marillac.

Le district Louis-Riel connaît un essor immobilier important dans les années 1950 et 1960. La population de ce district est maintenant desservie par de nouvelles paroisses : Marie-Reine-des-Cœurs, St-Fabien, St-Justin et une partie de St-Donat. Un second centre d’achats, Domaine, est aménagé en 1959-60 sur Sherbrooke, angle Langelier, pour desservir cette nouvelle population. Cette transformation du paysage commercial de Mercier se poursuit en 1963 avec l’ouverture de la Place Versailles, le premier centre commercial complètement couvert, et en 1968, celle des Galeries d’Anjou à la limite nord du quartier.

Le changement le plus important et qui marquera le paysage pour toujours est cependant la construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, de 1964 à 1967. Chef-d’œuvre de l’ingénierie québécoise, il eut pour conséquences la disparition du cœur villageois de Longue-Pointe, la division de Mercier en deux parties en plus de l’expropriation de 300 familles regroupées autour de l’église Saint-François-d’Assise. Celle-ci fut démolie en 1964 et une nouvelle reconstruite sur la rue Georges-Bizet en 1966.

Construction de l’entrée du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, vers 1965. Source : Archives de l’Atelier d’histoire MHM

Sur le plan du transport, les années 1950 voient la disparition des tramways remplacés par les autobus sur toutes les lignes de transport. En 1966, on inaugure les premières stations du métro de Montréal, mais il faudra attendre la venue des Jeux olympiques de 1976 pour l’inauguration de neuf nouvelles stations dans l’est, dont cinq sont dans Mercier.

Dans tout l’arrondissement, nous assistons à une chute dramatique de la population entre 1966 et 1996. Elle est provoquée en partie par la disparition de nombreuses usines dans le quartier : Vickers, Canadian Steel Foundries, Montreal Locomotive Works et de nombreuses autres. L’entrepôt de Steinberg’s quitte également Mercier.

À partir de 1996, la population se remet à remonter. Pour l’accueillir, de nouveaux projets sont nécessaires : on voit apparaître au tournant du XXIe siècle le projet des Cours Lafontaine au nord et à l’ouest de l’ancien domaine des Sœurs de la Providence et le Faubourg Contrecoeur au nord de Sherbrooke.

Article écrit par André Cousineau de l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

L’auteur de l’article donnera une conférence-diaporama sur ce sujet le dimanche 19 février, 14 h, à la bibliothèque Langelier, 6473, rue Sherbrooke Est (métro Langelier).