Notre collaboration mensuelle avec l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve se poursuit, et ce mois-ci nous abordons le sujet des habitants anglophones dans Longue-Pointe de 1815 à 1910. M. André Cousineau, auteur de ce survol historique, nous parle des premières familles qui y vivaient.

Saviez-vous qu’en 1825, plus de 27 % de la population de Longue-Pointe était anglophone? C’est ce que nous apprend le dénombrement de toute l’île de Montréal fait par Jacques Viger et Louis Guy. En 1781, un seul anglophone possédait une terre sans y habiter. C’est dire que rapidement plusieurs anglophones s’installent dans cette paroisse. En 1825, on retrouve 17 chefs de famille pour un total de 123 personnes sur 455 dans St-François. Des francophones vendent leurs terres à des anglophones, comme le cas de Marie-Rose Jannot dit Lachapelle et Prudent Vinet qui vendent des terres à William S. Leney, arrivé de New York en 1819.

On trouve donc des patronymes comme Tiffin, Leney, Muirhead, Grece qui vont faire souche.

La majorité des anglophones sont agriculteurs tandis que d’autres coulent une retraite paisible. Certains se distinguent cependant. Ainsi, on retrouve les frères Adam et Robert Handyside, marchands écossais qui, avec leur frère David, installent ce que l’on appellera la Distillerie du Ruisseau. Elle était à proximité du Ruisseau Molson qui se jetait dans le fleuve à l’est de Vimont. Elle fait faillite en 1844 et le fonds est racheté par les…Molson. Un autre cas intéressant est celui de Charles Frederick Grece, envoyé par les autorités britanniques pour cultiver le chanvre, nécessaire à la marine anglaise. Il s’installe à Longue-Pointe dans la maison appelée aujourd’hui Allen-Picard et encourage les paysans canadiens à s’engager dans cette culture. Quant à William S. Leney, il s’agit d’un célèbre graveur anglais, passé par New York. On pourrait le qualifier de « gentleman famer ». Il a gravé les premiers billets de la Banque de Montréal. Un autre notable est Robert Morrough, avocat, dont la fille Catherine va épouser son voisin, Michel Raymond.

Après 1815, l’immigration britannique s’accélère et de nombreux Irlandais viendront s’ajouter aux Anglais et Écossais. Mentionnons les familles Reeves, Quigley, Cleary, Dillon, Faulkner et autres. Parmi eux, on retrouve Edward Quinn, qui possède en 1851 la plus importante terre cultivable et pratique l’élevage de chevaux de race.

Les anglophones vont participer à la vie démocratique de la paroisse. En 1837, le Bas-Canada est en effervescence. Plusieurs assemblées de citoyens vont être organisées pour exiger des changements dans l’administration. À cette époque, seules Montréal et Québec ont un conseil municipal. John Dillon, un habitant de Longue-Pointe, participe à l’assemblée de St-Laurent le 15 mai pour que la paroisse de Montréal ait aussi un conseil. Ce ne sera qu’en 1845 que ce même Dillon présidera la première assemblée des conseillers qui élira Michel Raymond comme premier maire de Longue-Pointe. Le deuxième maire sera Edward Quinn. Plus tard, on retrouvera des conseillers comme John McVey, Andrew Leney, George Tiffin.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, de nombreuses familles riches vont aménager des villas le long de la rue Notre-Dame. À Longue-Pointe, la plus connue est Elmwood Grove. Construite par Hugh Taylor, un avocat, elle passe à la fin des années 1850 à George Symes, dont la fille Clara l’habitera jusqu’en 1872, année où elle devient la duchesse de Bassano. Plus tard, cet endroit devient un lieu d’amusements qui fera place au parc Dominion en 1906.

Avec le développement de villages comme Beaurivage et Tétreaulville et l’arrivée de grandes industries comme la Vickers, la Canadian Steel Foundries et la Montreal Locomotive Works, la communauté anglophone va construire les églises anglicane et presbytérienne de Tétreaultville et l’église méthodiste du Parc Terminal. Depuis longtemps, une école protestante existait sur la rue Notre-Dame.

Aujourd’hui, la communauté anglophone est très restreinte, dépassant à peine les 3 %.


* L’auteur de cet article donnera une conférence sur le même sujet à la bibliothèque Mercier, le dimanche 24 septembre à 14 h.