Photo : Georges Farah-Lajoie. Crédit : Collection Mme Lorraine Farah-Lajoie

Alors que nous parlons beaucoup ces derniers temps du rôle de la police et de réfugiés syriens, saviez-vous qu’un célèbre détective d’origine syrienne vivait dans l’arrondissement dans les années 1920?

George Farah est né en 1876 en Syrie. Arrivé à Montréal vers 1900, il travaille dans le commerce au Marché Bonsecours et comme colporteur.

George Farah veut s’intégrer à la communauté canadienne-française. Il va d’ailleurs ajouter Lajoie à son nom de famille, traduction de « farah » en arabe. On le connaîtra donc maintenant sous le nom de Georges Farah-Lajoie. Également, il épouse une Canadienne-française, Marie Anna Chartré, en 1902. De 1920 à 1928, il habitera dans le secteur francophone de Viauville.

Résidence du 550, rue Sicard. Crédit : André Cousineau

Georges Farah-Lajoie désire devenir policier de la Ville de Montréal. Après les examens nécessaires, il commence sa carrière en 1906, puis devient détective en 1910.

Farah-Lajoie est impliqué dans des causes célèbres, mais celle qui marquera le plus sa vie professionnelle et personnelle est l’affaire la plus médiatisée du début du 20e siècle : l’affaire Delorme. Le 7 janvier 1922, on découvre le corps d’un jeune étudiant, Raoul Delorme. Celui-ci habite avec son demi-frère, l’abbé Adélard Delorme. Après une enquête minutieuse, Georges Farah-Lajoie se convainc que l’assassin n’est nul autre que l’abbé Delorme et que le mobile est une question d’héritage.

Lorsque l’abbé Delorme est accusé du meurtre, une vague de critiques, principalement de la part du clergé, s’abat sur les enquêteurs. Les âmes bien pensantes refusent d’accepter qu’un prêtre soit l’auteur d’un meurtre aussi crapuleux. Le premier des quatre procès s’ouvre en juin 1922. Pour sauver l’abbé de la potence, les avocats de la défense vont plaider l’aliénation mentale. C’est cette défense que retiendra le jury. Déçu du résultat, Georges Farah-Lajoie donne sa version des faits dans Ma version de l’affaire Delorme. Aucun éditeur québécois ne veut risquer de publier un tel brûlot. C’est une maison de Toronto qui publiera l’œuvre en français et en anglais.

La pression est forte non seulement sur Farah-Lajoie, mais sur sa famille également. Ses enfants sont intimidés à l’école et sa femme, fervente catholique, fait partie de ceux qui refusent de croire en la culpabilité de l’abbé.

Après plusieurs mois d’internement, l’abbé Delorme est déclaré apte à subir un nouveau procès. Le deuxième en juin 1923 et le troisième en février 1924 vont mener à un désaccord du jury, si bien que l’abbé Delorme subira un quatrième et dernier procès en octobre 1924. Malgré les preuves accablantes, le jury ne prendre que… cinq minutes pour déclarer l’abbé non coupable.  

De 1936 à 1939, Farah-Lajoie travaillera comme constable spécial pour Maurice Duplessis, procureur général du Québec. Il meurt le 1er mars 1941 et ses funérailles donneront lieu à un grand déploiement.

 

Georges Farah-Lajoie. Crédit : Collection Mme Lorraine Farah-Lajoie