Notre collaboration mensuelle avec l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve se poursuit ce mois-ci, alors que M. André Cousineau porte un regard historique sur l’annexion de Maisonneuve et nous présente les facteurs clés qui ont contribué à cet événement déterminant dont on célèbre le 100e anniversaire cette année!

Une ville prospère

En 1911, l’année du recensement, on parle de Maisonneuve comme la « Pittsburgh du Canada » ou le principal « Faubourg industriel de Montréal ». Rien n’est négligé par l’administration municipale dans la publicité des journaux de l’époque pour vanter les mérites de la Ville. La politique d’exemptions de taxes et de subventions aux industries qui désirent s’y installer, amorcée en 1887, porte ses fruits puisque Maisonneuve est, avant la Première Guerre, le plus grand centre de fabrication de chaussures et se classe au deuxième rang au Québec et au quatrième rang au Canada pour la valeur des produits fabriqués.

À cette époque, la réputation de la ville est très bien établie. Elle est prospère et le conseil municipal décide de se lancer dans de grandioses projets d’embellissement. Alexandre Michaud est maire de Maisonneuve depuis 1909, Oscar Dufresne, président de la manufacture Dufresne & Locke, est conseiller municipal et, surtout, président du puissant comité des Finances de la Ville. Le trio est complété par Marius Dufresne, frère d’Oscar et ingénieur municipal. Cette équipe ambitieuse voit grand et beau! C’est le début des grands travaux, principalement autour de la rue Ontario : d’abord l’Hôtel de ville (1912), puis le Marché (1914), le poste de pompiers #1 sur la rue Notre-Dame et le Bain public et gymnase (1915). Depuis 1912, la Ville a investi énormément d’argent dans la création du « parc Maisonneuve » qui se voulait un immense parc d’amusements avec autodrome, hippodrome, amphithéâtres sportifs, lacs artificiels, jardins des plantes et zoologique. Ce parc devait être situé à l’emplacement actuel du Parc olympique.

En 1912, le conseil demande que l’appellation de la Ville soit modifiée en « Cité de Maisonneuve ». On en parle comme le « Jardin de Montréal ».

Cette ville offre l’image de la réussite et les municipalités environnantes (Sault-au-Récollet, Côte-de-la-Visitation et Longue-Pointe) signent même une pétition dans le but d’être annexées à Maisonneuve.

Les grands bouleversements

Mais la déclaration de la guerre en 1914 vient freiner l’activité économique de Maisonneuve. La Ville est endettée à cause de nombreux emprunts et de l’argent investi sans résultats concrets dans le parc Maisonneuve. Le chômage augmente, la main-d’œuvre se raréfie puisque de nombreux volontaires s’engagent et l’activité immobilière diminue. De plus, l’opposition à l’équipe Michaud-Dufresne s’organise si bien, qu’aux élections de 1915 l’équipe est renversée par le Parti de la Réforme municipale dirigé par Levie Tremblay. Le nouveau conseil ne réussit pas à résoudre la question du chômage.

En 1917, nouveau renversement du conseil municipal. Les rumeurs d’annexion commencent à circuler. Jugeant la dette de Maisonneuve trop élevée (18 M$), le maire de Montréal, Médéric Martin, s’oppose fermement à cette annexion. Mais le gouvernement du Québec intervient et Maisonneuve est annexée à Montréal le 9 février 1918 par modification de la charte de la Ville de Montréal. Le débat sur l’annexion était fermement politisé et cette question est débattue sur la place publique par deux adversaires politiques de taille : le maire de Montréal, Médéric Martin, qui règne en maître sur la ville, et le premier ministre, Lomer Gouin, qui dirige les destinées de la province depuis près de 13 ans. La Ville de Montréal devra assumer la dette de Maisonneuve et trois conseillers représenteront le quartier Maisonneuve au conseil municipal. Quelque temps plus tard, le gouvernement Gouin impose une tutelle à la Ville de Montréal qui se prolongera jusqu’à 1921.